Depuis des mois, l’actualité PAN (Phénomène Aérospatial Non identifié, l’équivalent français de l’anglais UAP, Unidentified Anomalous Phenomena) tourne quasi exclusivement autour de Washington. Là, pour une fois, la carte se déplace vers l’Asie. Et c’est intéressant à plus d’un titre.

Une étoile à six branches filmée entre la Chine et la Corée

Le 10 juillet 2026, le Pentagone a publié sa quatrième salve de fichiers déclassifiés dans le cadre du programme PURSUE (Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters, le dispositif de divulgation lancé par la Maison-Blanche). Au menu : 40 fichiers, dont 19 vidéos, 14 documents, 4 enregistrements audio et 3 images, provenant du Pentagone, de la NASA, de la CIA, du FBI et du département de l’Énergie.

Une séquence a particulièrement retenu l’attention, et elle nous intéresse ici pour une raison géographique. Il s’agit d’une vidéo infrarouge de 18 secondes, tournée en 2025 au-dessus de la mer Jaune, cette portion d’océan coincée entre la Chine et la péninsule coréenne. On y voit ce que le résumé du Pentagone décrit comme « une zone de contraste ressemblant à une étoile à six branches », que le capteur du système militaire suit activement en la gardant centrée à l’écran.

Concrètement, à première vue, on dirait une fêlure sur l’objectif de la caméra. Sauf que le capteur piste la forme comme s’il s’agissait d’un objet réel. D’où le classement en « non résolu ».

À retenir : personne ne crie à l’extraterrestre

Soyons carrés là-dessus. Les experts avancent plusieurs explications parfaitement terrestres pour ce genre d’image : effets optiques de l’objectif, figures de diffraction, artefacts propres à l’imagerie infrarouge, dysfonctionnement du capteur ou distorsions liées au suivi automatique. Autrement dit, une étoile à six branches sur un écran, ça peut très bien être un défaut d’image plutôt qu’un vaisseau.

Le Pentagone lui-même le répète à chaque salve : ces fichiers ne contiennent aucune preuve de vie extraterrestre. La même salve contient d’ailleurs un autre objet « en forme de méduse » et le témoignage d’un aviateur qui décrit une observation « comme rien de ce que j’avais vu » en 28 ans de carrière. Impressionnant sur le papier, mais toujours au stade du non-identifié, pas de l’inexpliqué définitif.

Ce qui rend cette séquence notable, ce n’est donc pas un supposé petit homme vert. C’est l’endroit : un ciel asiatique stratégique, survolé en permanence par les aviations chinoise, coréenne et américaine.

Le Japon passe à la vitesse supérieure

Et justement, côté asiatique, les institutions bougent. Le Japon est sans doute le pays qui structure le plus sérieusement sa démarche.

Depuis juin 2024, un groupe parlementaire non partisan dédié à l’étude des PAN « sous l’angle de la sécurité nationale » travaille sur le sujet, présidé par l’ancien ministre de la Défense Yasukazu Hamada. Fin mars 2026, ce groupe a proposé la création d’un bureau gouvernemental spécialisé, rattaché directement au secrétaire général adjoint du Cabinet chargé de la gestion de crise. En clair : sortir le sujet du folklore pour l’installer dans l’appareil d’État.

Autre point important : le 11 mai 2026, le porte-parole du gouvernement japonais, Minoru Kihara, a confirmé pour la première fois officiellement que le Japon possède ses propres vidéos de PAN. Tokyo analyse aussi « avec grand intérêt » les fichiers américains, dont deux séquences filmées près du territoire japonais. Les décisions de divulgation, elles, se feront au cas par cas, pour ne pas dévoiler les capacités de renseignement du pays.

La Chine, discrète mais organisée

Du côté de Pékin, pas de grande conférence de presse ni de divulgation publique. Mais l’appareil militaire s’est structuré à sa manière.

L’Armée populaire de libération emploie le terme d’« anomalies aériennes non identifiées », un vocabulaire calqué sur celui des Américains. Des chercheurs de l’Académie d’alerte avancée de l’armée de l’air chinoise expliquent que le nombre de signalements, militaires comme civils, a tellement augmenté que les analystes humains sont débordés. Résultat : l’armée s’appuie de plus en plus sur l’intelligence artificielle pour trier et analyser ces observations.

Côté civil, un chercheur pékinois spécialisé dans les PAN, Zhang Nan, s’est dit intrigué par certaines vidéos américaines récentes, tout en pointant une limite de taille : le manque de données exploitables. Selon lui, « il est très probable que le gouvernement américain retienne les éléments qui ont un vrai potentiel de recherche » — histoire de ne pas révéler les capacités exactes de ses capteurs. Une remarque qui résume bien le paradoxe de toute cette période de « transparence » : on montre des vidéos, mais rarement les données brutes qui permettraient de trancher.

Pourquoi cet angle asiatique compte

Trois raisons de garder un œil sur cette bascule vers l’Asie :

  1. La géographie : une partie des observations « non résolues » se déroule désormais au-dessus de zones asiatiques sensibles, pas seulement au large des côtes américaines.
  2. L’institutionnalisation : le Japon construit un cadre officiel, la Chine industrialise l’analyse par IA. Le sujet sort peu à peu de la marge.
  3. Le même problème partout : trop d’observations, pas assez de données publiques solides. Des deux côtés du Pacifique, c’est le même angle mort.

Bref, l’affaire ne se limite plus à Washington. Et ça, c’est une nouveauté qui mérite qu’on la suive.


Sources :