Le Pentagone a publié le 10 juillet un quatrième paquet de documents sur les phénomènes aériens non identifiés. Et cette fois, plusieurs vidéos ont été filmées loin des États-Unis : au-dessus de la mer de Chine orientale et de la mer Jaune, dans un des couloirs aériens les plus surveillés d’Asie.
Petit rappel de vocabulaire avant d’entrer dans le vif. UAP, c’est l’acronyme anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena, soit « phénomènes anormaux non identifiés ». En français, on parle plutôt de PAN, pour « Phénomène Aérospatial Non identifié ». C’est la façon moderne, et volontairement neutre, de dire « OVNI » sans présumer d’une soucoupe volante. L’idée : décrire ce qu’on observe, pas ce qu’on imagine.
Une quatrième livraison dans un feuilleton qui dure depuis mai
Depuis le 8 mai 2026, le département de la Défense américain — rebaptisé « Department of War » — publie ses archives UAP au compte-gouttes. C’est la conséquence directe d’une décision de Donald Trump, qui a ordonné la déclassification de ces dossiers. Trois lots étaient déjà sortis (les 8 et 22 mai, puis le 12 juin). Voici donc le quatrième, presque un mois après le précédent.
Au total, ce nouveau paquet contient 40 fichiers : 14 documents, 19 vidéos, 4 enregistrements audio et 3 images. Les pièces proviennent de plusieurs agences — le Pentagone, la NASA, la CIA, le FBI et le département de l’Énergie. Autrement dit, ce n’est pas une simple archive militaire, mais une compilation qui ratisse large dans l’appareil d’État américain.
L’angle qui nous intéresse : l’Asie
C’est le point le plus nouveau de ce lot. Parmi les vidéos infrarouges figurent des séquences enregistrées au-dessus de la mer de Chine orientale et de la mer Jaune, ces eaux stratégiques que se partagent la Chine, la Corée du Sud, la Corée du Nord et le Japon. On y trouve aussi des images du golfe du Mexique (rebaptisé « golfe d’Amérique » dans la nomenclature officielle américaine).
Concrètement, ces zones ne sont pas choisies au hasard. Ce sont des espaces où la marine américaine opère en permanence, au plus près des côtes chinoises. Que des capteurs y filment des objets non identifiés en dit long sur la dimension géopolitique du sujet : l’Asie de l’Est est devenue un terrain d’observation majeur, et pas seulement un décor lointain.
À retenir : ces vidéos rejoignent celles, déjà connues, que Tokyo avait commencé à analyser au printemps. Le Japon dispose désormais d’un groupe d’environ 80 parlementaires dédié à la question, preuve que le sujet ne se limite plus à Washington.
Les incidents concrets du dossier
Au-delà de l’angle asiatique, ce lot documente plusieurs affaires précises. En voici les plus marquantes.
Un objet au-dessus d’un site nucléaire (Texas, 2015). Un rapport du département de l’Énergie décrit un objet en forme de diamant entré dans l’espace aérien de l’usine d’armement nucléaire de Pantex, près d’Amarillo, en septembre 2015. Les agents notent que l’objet « ne faisait aucun bruit » et qu’ils ont été « incapables d’identifier un quelconque système de propulsion ». Ce genre d’incursion au-dessus d’installations sensibles est précisément ce qui inquiète les militaires.
Le témoignage d’un pilote chevronné (2019). Un aviateur cumulant 28 ans de service dans l’Air Force et la Navy raconte avoir observé « un objet dont les caractéristiques de vol ne ressemblaient à rien de ce [qu’il avait] vu », se déplaçant à grande vitesse avant de disparaître. Difficile de balayer d’un revers de main un témoin aussi expérimenté.
Un objet dans l’Atlantique (2020). Une séquence montre un objet sombre, couleur bordeaux, haut d’environ 3,5 à 4,5 mètres, ressemblant à un ballon déformé qui semblait dériver avec le vent. Rien de spectaculaire, mais l’honnêteté du dossier veut qu’on cite aussi les cas les plus banals.
Des archives historiques. Le lot remonte jusqu’aux années 1940, avec des documents de l’époque du « Project Sign » (le premier programme officiel de l’US Air Force sur les soucoupes volantes), une transcription d’une conférence de 1949 réunissant des physiciens de Los Alamos, et même une image de la mission spatiale STS-80 de la navette (1996) montrant un objet non identifié en orbite basse.
Ce qu’il faut comprendre
Soyons clairs : aucune de ces pièces ne prouve quoi que ce soit sur une origine extraterrestre. Le Pentagone lui-même ne le prétend pas. Ce qui est documenté, ce sont des observations non expliquées par du personnel qualifié, capteurs à l’appui, parfois au-dessus de zones ultrasensibles.
L’intérêt de ce quatrième lot, c’est surtout sa géographie. En sortant des seules côtes américaines pour montrer la mer de Chine orientale et la mer Jaune, le dossier confirme ce que beaucoup soupçonnaient : le phénomène, quel qu’il soit, ne connaît pas les frontières. Et l’Asie, longtemps discrète sur ces questions, y occupe désormais une place centrale.
La suite dépendra de deux choses : la publication des prochains lots américains, et la manière dont les gouvernements asiatiques — Tokyo en tête — décideront ou non de partager leurs propres archives.
Sources
- Department of War — Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters (portail officiel)
- Vision Times — Pentagon Releases 40 New UFO Files, Including Videos Near Nuclear Weapons Site
- The Christian Post — Pentagon releases fourth batch of UFO files
- Interesting Engineering — New Pentagon UFO files reveal mystery object near Texas nuclear plant
- IBTimes UK — Japan Confirms Possession of UAP Footage After Reviewing Pentagon Videos
- The Japan Times — Tokyo analyzing Pentagon UFO file trove with sightings near Japan
