Guy Tarade, l’un des noms les plus connus de l’ufologie française, s’est éteint le 21 juillet 2026 à l’âge de 96 ans. Écrivain à succès, conférencier infatigable, il a fait entrer les soucoupes volantes dans les foyers français dès la fin des années 1960. Retour sur un personnage aussi populaire que controversé.
Un chauffeur de bus niçois devenu star des soucoupes volantes
Commençons par planter le décor. Guy Tarade naît le 25 avril 1930 en région parisienne. Rien ne le prédestine aux étoiles : il s’engage dans les troupes parachutistes, sert un temps en Afrique, puis pose ses valises à Nice, où il gagne sa vie comme… chauffeur de bus.
C’est là, sur la Côte d’Azur, qu’il bascule dans ce qui deviendra l’œuvre de sa vie. Passionné de mystères, il fonde le « Centre d’études et de recherches d’éléments inconnus de civilisation », un groupe d’archéologie amateur qui traque partout les traces de visiteurs venus d’ailleurs.
Sa vraie révélation au grand public arrive en 1969. Cette année-là, il est invité aux « Dossiers de l’écran », l’émission phare de la télévision française de l’époque, pour parler soucoupes volantes après la diffusion du film La Guerre des mondes. Des millions de téléspectateurs le découvrent. Du jour au lendemain, le chauffeur de bus devient une voix incontournable du sujet en France.
L’homme qui voyait des astronautes partout dans le passé
Pour comprendre Tarade, il faut le situer dans un courant précis : le « réalisme fantastique ». Ce mouvement, lancé dans les années 1960 par le livre Le Matin des magiciens, mélange science, ésotérisme, archéologie et mystères non résolus. L’idée centrale : notre passé cacherait des secrets énormes que la science officielle refuse de voir.
Tarade en devient l’un des plus prolifiques représentants. Son grand thème, c’est la théorie dite des « anciens astronautes » : l’hypothèse selon laquelle des extraterrestres auraient visité la Terre dans l’Antiquité et influencé les civilisations anciennes. Son ouvrage le plus célèbre, Soucoupes volantes et civilisations d’outre-espace (1969), fouille la Bible, le Moyen Âge et les textes antiques à la recherche de descriptions d’« engins » qui ressembleraient à des OVNI.
Son exemple le plus fameux ? La dalle funéraire du roi maya Pakal, à Palenque (Mexique). Là où les archéologues voient un souverain descendant vers le monde des morts, Tarade y lisait un pilote installé aux commandes d’une fusée. Une interprétation spectaculaire… que les spécialistes de la civilisation maya n’ont jamais validée.
En tout, il signera plus de vingt livres, chez de grands éditeurs comme Robert Laffont ou J’ai lu, sur les OVNI, les lieux sacrés de Provence, Nostradamus ou les mondes parallèles.
Populaire, oui ; scientifique, non : l’héritage à nuancer
Soyons honnêtes, car c’est important. Guy Tarade appartenait à la branche « mystique » et spectaculaire de l’ufologie, très éloignée de la démarche scientifique. Ses thèses reposaient beaucoup sur l’imagination et l’interprétation libre, pas sur des preuves vérifiables.
Il faut d’ailleurs le distinguer nettement du travail officiel mené en France sur le sujet. Petit rappel de vocabulaire : en France, on parle de PAN, pour Phénomène Aérospatial Non identifié — l’équivalent du terme UAP (Unidentified Anomalous Phenomena) utilisé aux États-Unis. Et depuis 1977, c’est un service public rattaché au CNES, le GEIPAN, qui collecte et analyse sérieusement les témoignages, avec une méthode rigoureuse. On est à des années-lumière des fusées mayas et des astronautes bibliques.
Alors pourquoi lui consacrer un article ? Parce que, qu’on adhère ou non à ses idées, Tarade a profondément marqué la culture populaire française. Il a rendu le sujet accessible, a nourri des générations de curieux et a contribué à ce que le mot « OVNI » ne fasse plus seulement sourire. Il faisait partie de cette poignée de figures — avec des auteurs comme Jimmy Guieu — qui ont installé l’imaginaire des soucoupes volantes dans la France de l’après-guerre.
À retenir
- Guy Tarade, ufologue et écrivain français, est mort le 21 juillet 2026 à 96 ans (certaines sources indiquent le 23 juillet).
- Révélé au grand public en 1969 aux « Dossiers de l’écran », il fut l’un des grands vulgarisateurs — et mythificateurs — du phénomène OVNI en France.
- Il défendait la théorie des « anciens astronautes », une approche spectaculaire mais sans base scientifique, très différente du travail rigoureux du GEIPAN.
- Son décès referme une page de l’histoire populaire de l’ufologie française, celle du « réalisme fantastique » des années 1960-70.
Sources :