Pendant que Washington enchaîne les auditions et les lâchers de vidéos déclassifiées, une conférence scientifique s’est tenue à Toronto du 24 au 26 juillet pour poser une question moins spectaculaire mais bien plus utile : comment étudier sérieusement les objets non identifiés dans le ciel ? Et la réponse mise en avant n’est pas venue des États-Unis. Elle est venue de France, avec un modèle vieux d’un demi-siècle : le GEIPAN.
Avant d’aller plus loin, un point de vocabulaire. UAP, c’est l’acronyme anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena, soit « phénomènes anormaux non identifiés ». En français, on dit PAN, pour « Phénomène Aérospatial Non identifié ». C’est la façon moderne et volontairement neutre de parler des OVNI : on décrit ce qu’on observe dans le ciel, sans présumer d’une soucoupe volante.
Une conférence sérieuse, loin du sensationnel
L’événement, c’est la conférence annuelle de la SCU, la Scientific Coalition for UAP Studies — une coalition de scientifiques qui essaient d’appliquer aux phénomènes non identifiés les mêmes règles qu’à n’importe quel sujet de recherche : des données, des méthodes reproductibles, des relectures critiques. Cette année, elle se tenait au Marriott Eaton Centre de Toronto, sur le thème « Le rôle de la science et des gouvernements du monde dans la recherche sur les UAP ».
Dix-neuf scientifiques et experts venus du Canada, des États-Unis, du Japon, de France, d’Allemagne et de Hongrie étaient au programme. La conférence d’ouverture était assurée par Christopher Mellon, ancien secrétaire adjoint à la Défense américaine pour le renseignement, sur le thème « Science, sécurité nationale et UAP ». Une figure connue du dossier côté américain, donc — mais le reste du plateau, lui, penchait nettement vers l’Europe.
Le Français qui a mis le GEIPAN sur la table
L’intervention qui nous intéresse le plus est celle de Michael Vaillant. Ce data scientist a longtemps travaillé au GEIPAN, l’organisme officiel français chargé d’étudier les phénomènes non identifiés. Son intitulé résume tout un programme : « Leçons de l’expérience GEIPAN : science, enquête sur les UAP, et plaidoyer pour une coalition internationale de standards ».
Concrètement, Vaillant est venu expliquer ce que la France fait — sobrement — depuis 1977. Car le GEIPAN, rattaché au CNES (l’agence spatiale française), n’est pas un club d’amateurs : c’est un service public. N’importe qui peut lui signaler une observation. Chaque cas est instruit avec les mêmes outils : recoupement des témoignages, vérification du trafic aérien, des satellites, de la météo, des lanternes et autres ballons. Puis chaque dossier est classé selon qu’il a été identifié ou non.
Le résultat est instructif. L’immense majorité des signalements trouvent une explication banale. Seule une petite fraction résiste à l’analyse et reste, faute de mieux, « non identifiée ». Ce n’est pas vendeur, mais c’est honnête — et surtout, c’est reproductible.
Pourquoi ce modèle intéresse le monde entier
L’idée que Vaillant a défendue à Toronto, c’est qu’il faut arrêter de réinventer la roue dans chaque pays. Aujourd’hui, chaque groupe collecte ses observations à sa manière, avec ses propres formulaires, ses propres critères, ses propres bases de données. Résultat : des milliers de signalements impossibles à comparer d’un pays à l’autre.
Sa proposition : une coalition internationale de standards, qui fixerait une méthode commune pour recueillir et classer les cas. Et le point de départ tout trouvé, c’est justement le GEIPAN, parce qu’il a près de cinquante ans de recul, un protocole rodé et une archive publique. En clair : la France a déjà, sans tambour ni trompette, construit ce que beaucoup réclament aujourd’hui à grands cris outre-Atlantique.
L’Europe et l’Asie étaient bien là
Le Français n’était pas seul à porter les couleurs européennes. La Norvège était représentée par Rainer Haseitl, du projet Hessdalen — cette vallée où des lumières inexpliquées reviennent depuis des décennies, et que des équipes scientifiques surveillent avec des instruments. L’Allemagne l’était par Christian Peters, de l’université de Brême. La conférence a aussi passé en revue des cas japonais historiques, preuve que le sujet ne s’arrête pas aux frontières américaines.
Autre point important : le programme couvrait des sujets très concrets — enquêtes multi-capteurs, analyse de données par intelligence artificielle, sécurité aérienne, reproductibilité des mesures, effets neurologiques rapportés par des témoins. Rien à voir avec les récits d’extraterrestres cachés dans un hangar. On parle ici de capteurs, de statistiques et de protocoles.
Ce qu’il faut retenir
Une phrase, glissée dans les présentations, résume bien l’état d’esprit : « La science a toujours partagé librement ses découvertes, quand les gouvernements ont gardé les leurs au nom de la sécurité nationale. » Tout est là. D’un côté, le spectacle américain de la « divulgation », avec ses fuites, ses auditions et ses promesses de révélations imminentes. De l’autre, une communauté scientifique internationale qui préfère bâtir une méthode commune et publier ce qu’elle trouve.
Dans ce paysage, la France a une carte à jouer qu’elle sous-estime peut-être. Le GEIPAN n’a jamais promis de soucoupe ni de petit homme vert. Il a juste fait, pendant cinquante ans, un travail patient de tri et de classement. À Toronto, c’est précisément cette approche discrète qui a été présentée comme un modèle pour le reste du monde. Comme quoi, en matière d’OVNI aussi, le sérieux finit par se remarquer.
Sources :
- Scientific Coalition for UAP Studies — Conférence SCU 2026
- SCU — « International Scientists, Government Experts, and Researchers to convene in Toronto »
- National Law Review — « Christopher Mellon to Headline 2026 SCU Conference »
- BlogTO — Christopher Mellon keynote de la conférence SCU 2026 à Toronto
- GEIPAN / CNES — Le service officiel français d’étude des phénomènes non identifiés
- EuroUFO — La communauté des chercheurs européens
