Cet été, le plus grand festival de photographie au monde consacre une vaste exposition à un siècle de clichés de soucoupes volantes. À Arles, « We Are Not Alone » (Nous ne sommes pas seuls) aborde le phénomène OVNI par un angle rarement exploré : non pas la preuve ou la politique, mais l’image — ce qu’un siècle de photographies a fait à notre regard.
Une expo OVNI au cœur du plus grand festival photo du monde
Petit rappel pour poser le décor. Les Rencontres d’Arles, c’est LE rendez-vous mondial de la photographie depuis 1970. Chaque été, la petite ville des Bouches-du-Rhône se remplit d’expositions, de tirages rares et de curieux venus du monde entier. Autant dire qu’y consacrer une exposition entière aux OVNI, ce n’est pas anodin.
Cette exposition s’appelle « We Are Not Alone » et se tient à l’espace Croisière du 6 juillet au 4 octobre 2026. Elle est signée par le commissaire (le « curateur », celui qui conçoit et sélectionne l’accrochage) Philippe Baudouin, lauréat de la bourse de recherche curatoriale 2025 du festival.
Le point de départ est une image devenue iconique : une photo prise en 1975 par le Suisse Eduard « Billy » Meier, un fermier persuadé d’être en contact avec des civilisations d’autres planètes. Ses clichés de soucoupes flottant au-dessus de la campagne helvétique ont fait le tour du monde — on les retrouve même sur l’affiche de la série X-Files.
L’idée forte : la photo qui sème le doute
Voici l’angle vraiment intéressant. L’exposition ne cherche pas à prouver que les OVNI existent, ni à démontrer l’inverse. Elle s’intéresse à ce que ces images font à notre regard.
Le raisonnement de Philippe Baudouin tient en une phrase : bien avant l’ère des fake news et des images générées par intelligence artificielle, la photo d’OVNI a ébranlé notre rapport à la preuve visuelle. Ces clichés flous, tremblés, souvent troublants, ont installé dans nos sociétés ce qu’il appelle une « culture du doute visuel ». En clair : depuis la fin du XIXᵉ siècle, l’OVNI est l’objet parfait pour se demander si l’on peut vraiment croire ce qu’une photo nous montre.
Concrètement, l’exposition s’organise autour de trois axes :
- les formes des objets observés (disques, cigares, lumières…) ;
- les témoignages de ceux qui disent les avoir vus ;
- les croyances nées de ces expériences.
Au total, une dizaine de photographes et artistes sont réunis — parmi lesquels Douglas Curran ou Sacha Goldberger — aux côtés d’archives institutionnelles (dont des fonds de la NASA et du Service historique de la Défense) et de collections privées. Le mélange est assumé : documents « sérieux » et productions plus délirantes cohabitent, précisément pour brouiller la frontière entre réalité et fiction.
Pourquoi ça vaut le coup d’œil
À retenir : c’est l’une des rares fois où une grande institution culturelle française prend le phénomène OVNI au sérieux, non pas comme une question militaire ou scientifique, mais comme un objet de culture visuelle. Un sujet qui, en France, reste étudié officiellement par le GEIPAN, le service du CNES chargé depuis 1977 d’analyser les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés — le terme officiel pour « OVNI »). Ici, on change complètement de terrain : place à l’imaginaire, à l’esthétique et à l’histoire des images.
Autre point important : l’exposition s’accompagne d’un livre, O.V.N.I., une histoire photographique, publié aux éditions Hoëbeke en octobre 2026. De quoi prolonger la visite pour ceux qui ne pourront pas faire le déplacement dans le Sud.
En choisissant ce terrain — celui de l’imaginaire, de l’esthétique et de l’histoire des images plutôt que celui de l’enquête militaire ou scientifique —, Arles rappelle que le phénomène OVNI est aussi, et depuis longtemps, un fait de culture. La soucoupe volante appartient à notre mémoire visuelle collective au même titre que les grandes icônes du XXᵉ siècle. Lui consacrer une exposition dans le plus prestigieux festival photo du monde, c’est reconnaître qu’elle a durablement façonné notre rapport à l’image et au doute.
En pratique
L’exposition « We Are Not Alone » est visible tous les jours de 9h30 à 19h30, à l’espace Croisière, jusqu’au 4 octobre 2026, dans le cadre des Rencontres d’Arles.
Sources :
