Loin des caméras et des grandes annonces, le dossier des objets non identifiés avance aussi par un canal beaucoup plus discret : les questions écrites au Parlement européen. Fin juillet 2026, une nouvelle question a été déposée pour demander à la Commission européenne de sortir du silence. En clair : et si l’Union européenne se dotait, elle aussi, d’une vraie politique sur les phénomènes aériens non identifiés ?

Avant d’aller plus loin, un point de vocabulaire. UAP, c’est l’acronyme anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena, soit « phénomènes anormaux non identifiés ». En français, on parle de PAN, pour « Phénomène Aérospatial Non identifié ». C’est la manière moderne et neutre de désigner ce qu’on appelait autrefois les OVNI : on décrit un truc observé dans le ciel sans présumer qu’il s’agit d’une soucoupe.

Une question écrite, c’est quoi au juste ?

Au Parlement européen, un député (on dit un « eurodéputé ») peut poser une question écrite à la Commission européenne, l’organe qui propose et applique les lois de l’Union. La Commission est alors tenue d’y répondre officiellement, dans un délai encadré. Ce n’est pas un vote, ce n’est pas une loi : c’est un outil pour mettre un sujet sur la table et forcer une institution à dire noir sur blanc ce qu’elle compte faire.

C’est exactement ce qui vient de se produire avec les UAP. Selon le réseau de chercheurs européens EuroUFO, la question émane d’un eurodéputé allemand, et elle a été relayée par plusieurs observateurs du dossier, dont Exopolítica Portugal.

Ce que le texte demande concrètement

La question pose, en substance, deux interrogations simples mais gênantes.

D’abord : la Commission a-t-elle analysé les récentes déclarations et documents officiels venus des États-Unis sur les UAP ? Depuis le printemps 2026, Washington a multiplié les publications de fichiers déclassifiés et les auditions. La question renvoie la balle à Bruxelles : vous en avez fait quelque chose, ou pas ?

Ensuite : la Commission compte-t-elle promouvoir une approche européenne coordonnée ? Autrement dit, un cadre commun pour recueillir les signalements, traiter le volet sécurité aérienne, et permettre une recherche scientifique sérieuse sur le sujet — sans la moquerie qui colle encore à ceux qui s’y intéressent.

Le vrai problème : l’Europe n’a pas de guichet commun

C’est là que ça devient intéressant. À l’échelle de l’Union, il n’existe aucun système harmonisé pour signaler et analyser un UAP. Un pilote de ligne qui croise un objet bizarre au-dessus de l’Espagne, un autre au-dessus de la Pologne : chacun tombe sur des règles, des interlocuteurs et des habitudes différents. Certains pays ont un dispositif — la France a son GEIPAN, rattaché à l’agence spatiale, qui instruit les cas depuis 1977. Beaucoup d’autres n’ont rien du tout.

Et ce n’est pas la première fois que le sujet remonte dans l’hémicycle. Plusieurs questions écrites l’ont déjà posé ces dernières années, à chaque fois avec le même angle « sécurité et données » plutôt que « petits hommes verts » :

À chaque fois, la logique est la même : d’autres grands acteurs — États-Unis, Japon, Chine — ont mis en place des procédures dédiées pour tracer et étudier ces phénomènes. L’Europe, elle, avance en ordre dispersé.

Pourquoi ça compte

On peut trouver le sujet folklorique. Mais posé comme ça, il l’est beaucoup moins. Un objet non identifié dans un couloir aérien, c’est d’abord une question de sécurité : est-ce un drone ? un ballon météo ? un appareil étranger ? On ne le saura jamais si personne ne collecte l’information de façon rigoureuse.

À retenir aussi : cette question s’inscrit dans un mouvement européen plus large. Fin juin, l’Assemblée nationale française a accueilli un colloque parlementaire sur la recherche relative aux UAP, et des chercheurs de plus de trente institutions du continent se sont réunis à Paris dans la foulée. La démarche est la même partout : sortir le sujet du terrain de la croyance pour le poser sur celui de la méthode et des institutions.

Reste maintenant à voir ce que la Commission européenne répondra. Une question écrite oblige à une réponse, mais pas forcément à une action. La suite du dossier se jouera là : dans une réponse polie qui botte en touche, ou dans un vrai début de cadre commun.

Ce qu’il faut retenir

  • Une nouvelle question écrite a été déposée fin juillet 2026 au Parlement européen pour demander à la Commission sa position sur les UAP.
  • Elle réclame deux choses : une analyse des récentes publications américaines, et une approche européenne coordonnée (signalement, sécurité aérienne, recherche scientifique).
  • Le nœud du problème : l’UE n’a aucun système commun de signalement, alors que d’autres puissances en ont un.
  • Ce n’est pas isolé : c’est la énième relance d’un débat qui, doucement, s’installe dans les institutions européennes.

Sources :