Pendant que Washington multiplie les auditions et les vidéos déclassifiées, le Japon avance sur un tout autre terrain : celui des institutions. Un groupe de députés veut doter Tokyo d’un véritable « Bureau des OVNIS » officiel, rattaché non pas à l’armée mais directement au cabinet du Premier ministre. L’idée n’a rien d’anecdotique : elle est portée par d’anciens ministres de la Défense, et elle a été déclenchée par une intrusion bien réelle au-dessus d’une centrale nucléaire.

Petit rappel de vocabulaire avant d’entrer dans le vif. UAP, c’est l’acronyme anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena, soit « phénomènes anormaux non identifiés ». En français, on parle de PAN, pour « Phénomène Aérospatial Non identifié ». C’est la façon moderne et neutre de désigner ce qu’on appelait autrefois les OVNI : on décrit un objet ou une lumière dans le ciel qu’on n’arrive pas à expliquer, sans présumer d’une quelconque soucoupe.

Ce que veulent les députés japonais

Au Japon, un groupe parlementaire transpartisan travaille sur le sujet depuis 2024. Sa demande est désormais claire : créer un organisme gouvernemental spécialement chargé de collecter, de recouper et d’analyser les signalements d’UAP. Point important, ce bureau ne serait pas logé au ministère de la Défense, mais placé directement sous l’autorité du secrétariat général du cabinet du Premier ministre — plus précisément auprès du secrétaire général adjoint chargé de la gestion des crises.

Concrètement, l’objectif est de mettre fin à l’éparpillement actuel. Aujourd’hui, un signalement peut atterrir chez les militaires, la police, l’aviation civile ou nulle part. Le bureau proposé jouerait le rôle de guichet unique : un canal de remontée sécurisé pour les témoins, une coordination entre les administrations, et l’intégration du sujet dans la doctrine de sécurité nationale.

À retenir : les Japonais ne parlent pas ici de petits hommes verts. Leur angle est strictement sécuritaire. La crainte, c’est qu’une partie de ces objets non identifiés soient en réalité des drones de surveillance ou du matériel militaire étranger. D’où le nom, un brin technocratique, choisi par les parlementaires pour leur ligue : le groupe d’élus pour l’élucidation des UAP « sous l’angle de la sécurité nationale ».

L’élément déclencheur : des lumières au-dessus de la centrale de Genkai

Si le dossier a pris de l’ampleur, c’est à cause d’un incident précis. En juillet 2025, plusieurs objets lumineux non identifiés ont été observés en vol stationnaire au-dessus de la centrale nucléaire de Genkai, dans la préfecture de Saga, au sud-ouest de l’archipel. Des gardes de sécurité et un policier ont décrit des lumières « ressemblant à des drones » restées suspendues plus de deux heures au-dessus du site.

Aucune fuite ni panne n’a suivi. Mais les intrus n’ont jamais été identifiés, ni retrouvés. Pire : l’enquête a mis au jour des divergences difficiles à réconcilier entre les registres des autorités et ceux de l’exploitant électrique. Pour des élus, voir des engins inconnus stationner impunément au-dessus d’une installation nucléaire, c’est exactement le genre de scénario qui justifie une réponse d’État coordonnée.

Des anciens ministres de la Défense aux manettes

Ce n’est pas un dossier porté par des militants isolés. Parmi les figures du groupe, on retrouve Yasukazu Hamada et Gen Nakatani, deux anciens ministres de la Défense, ainsi que Yoshiharu Asakawa, ex-député devenu conseiller du groupe sur les UAP. Du lourd, politiquement parlant.

Le calendrier a suivi. Une première proposition avait été soumise au ministère de la Défense dès mai 2025, sans réponse favorable. Le groupe a alors changé de stratégie et visé le cabinet du Premier ministre. Fin mai 2026, une délégation a remis ses recommandations au secrétaire général du cabinet, dans le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi. Selon Hamada, sans promettre de bouleversement immédiat, l’exécutif se serait dit « en ordre de marche » sur la question.

Pourquoi c’est intéressant, au-delà du Japon

En clair, le Japon est en train de faire un choix que peu de pays assument : traiter les objets non identifiés comme un sujet d’administration publique, pas comme une curiosité médiatique. C’est une approche assez proche, dans l’esprit, de ce que fait la France depuis 1977 avec le GEIPAN, le service officiel rattaché à l’agence spatiale française — la grande différence étant que le projet japonais est d’emblée pensé sous un prisme défense et gestion de crise.

Autre point important : ce mouvement s’inscrit dans une dynamique mondiale. Le Japon a d’ailleurs indiqué examiner « avec grand intérêt » les fichiers déclassifiés par le Pentagone, dont deux vidéos tournées près de son territoire. Et la région Asie-Pacifique a été qualifiée de « point chaud » d’observations dans un rapport américain.

Reste la vraie inconnue : le gouvernement japonais transformera-t-il ces recommandations en un bureau réellement doté de moyens ? Pour l’instant, rien n’est signé. Mais qu’un pays du G7, par la voix d’anciens ministres de la Défense, propose noir sur blanc de créer une agence dédiée aux phénomènes non identifiés, c’est déjà un signal. Le sujet quitte doucement le rayon fiction pour rejoindre celui de la sécurité des infrastructures.

Sources