Pendant que les États-Unis déclassifient à tour de bras leurs archives sur les objets volants non identifiés, un chapitre bien européen ressort de l’ombre. Des dossiers restés secrets pendant 80 ans décrivent des lumières mystérieuses qui accompagnaient les avions alliés au-dessus de l’Allemagne, à l’hiver 1944-1945. On les appelle les « Foo Fighters », et l’Allemagne se retrouve soudain au cœur de l’histoire.
De quoi on parle, au juste ?
Petit rappel de vocabulaire. Un PAN (Phénomène Aérospatial Non identifié) ou UAP (Unidentified Anomalous Phenomena, la terminologie anglo-saxonne officielle) désigne tout ce qu’on observe dans le ciel sans pouvoir l’expliquer sur le moment. Rien à voir, en soi, avec des extraterrestres : c’est simplement une catégorie « on ne sait pas ».
Le média européen Euronews a publié le 2 août 2026 un décryptage sur le rôle de l’Allemagne dans les fichiers OVNI que le Pentagone (le ministère de la Défense américain) libère par vagues depuis mai. Et le fil rouge, c’est ce phénomène surnommé « Foo Fighters ».
Le nom n’a rien à voir avec le groupe de rock de Dave Grohl, qui l’a d’ailleurs emprunté à cette histoire. En 1944, un opérateur radar américain, Donald Meiers, aurait lancé le terme « foo » en référence à une bande dessinée de l’époque, Smokey Stover, où le mot revenait sans cesse. « Foo fighters » : les chasseurs de « foo ». Le surnom est resté.
Des lumières qui manœuvrent, pas un simple reflet
Concrètement, voilà ce que racontent les équipages. À partir de novembre 1944, les pilotes de la 415e escadrille de chasse de nuit (415th Night Fighter Squadron), qui volaient au-dessus du Rhin et de l’Allemagne, signalent des boules de lumière rouges, vertes, orange et ambre. Ces lumières se calent en formation à côté des appareils, encaissent les virages, s’approchent parfois à une trentaine de mètres… puis décrochent d’un coup.
Un exemple précis, tiré des dossiers. Dans la nuit du 22 décembre 1944, deux lumières s’élèvent du sol près d’un avion de la 415e, montent jusqu’à son altitude, se placent derrière sa queue pendant environ deux minutes, puis s’éloignent. Selon l’équipage, le tout « sous contrôle total ». Point important : le radar au sol confirme qu’aucun avion ennemi ne se trouve dans les parages.
Ce détail change tout. On ne parle pas d’un pilote fatigué qui voit un reflet, mais d’observations répétées, sur six semaines, corroborées par plusieurs équipages et parfois croisées avec le radar.
L’énigme reconnue… dès 1945
Ce qui rend l’affaire crédible, c’est que les autorités de l’époque l’ont prise au sérieux sans réussir à la classer. Le British Air Ministry (le ministère de l’Air britannique) a examiné les rapports et conclu, dans un mémorandum classé secret en mars 1945, que « l’ensemble reste quelque chose d’une énigme ». Traduction : personne n’a su expliquer ces lumières.
À l’époque, la première hypothèse était militaire. Les Alliés soupçonnaient une arme secrète allemande, un nouveau dispositif de la Luftwaffe destiné à perturber les bombardiers. Sauf qu’après la guerre, en fouillant les archives allemandes, on n’a trouvé aucune trace d’un tel engin. Et de leur côté, des pilotes allemands et japonais ont eux aussi rapporté des lumières inexpliquées. Difficile, donc, d’y voir une arme d’un seul camp.
Ce que disent (et ne disent pas) les fichiers
À retenir : les documents déclassifiés ne prouvent absolument pas que l’Allemagne nazie a construit des « soucoupes volantes » opérationnelles. C’est même l’inverse. L’article d’Euronews replace ces récits dans le contexte des spéculations d’après-guerre sur les armes secrètes du Reich et la course des Alliés aux technologies avancées. Autrement dit, un mythe des « disques volants nazis » a poussé sur un terreau réel — des observations authentiques — mais sans jamais être validé par les faits.
Ce qui reste, en revanche, c’est un socle historique solide : des militaires entraînés, en pleine guerre, ont vu des choses qu’ils n’ont pas su identifier, et leurs chefs l’ont écrit noir sur blanc. Les explications avancées depuis vont du phénomène électrique (le feu de Saint-Elme) aux illusions d’optique, en passant par la fatigue de combat. Aucune ne fait consensus pour l’ensemble des cas.
Pourquoi ça compte aujourd’hui
L’intérêt de cette resurgence, c’est qu’elle rappelle une évidence souvent noyée sous l’actualité américaine : le dossier OVNI n’est pas né à Roswell en 1947, ni dans les vidéos de la Navy des années 2000. Le ciel européen en a été un des tout premiers théâtres documentés, avec des archives officielles à l’appui.
En clair : au moment où Washington met en scène sa « divulgation » à grand renfort de fichiers déclassifiés, l’Europe peut relire sa propre histoire. Les Foo Fighters de 1944 ne livrent pas de réponse définitive. Mais ils montrent que l’énigme est ancienne, sérieusement consignée, et qu’elle traverse les frontières.
Sources :
