Et si des objets brillants tournaient déjà autour de la Terre avant même que l’humanité ne lance son premier satellite ? C’est l’idée dérangeante que défend une équipe menée depuis la Suède, à partir de vieilles plaques photographiques du ciel prises dans les années 1950. En 2026, le débat scientifique autour de ces travaux ne retombe pas : chaque camp publie ses papiers, et la controverse devient l’une des plus vives de l’ufologie « sérieuse ».

De quoi on parle exactement

Entre 1949 et 1957, l’observatoire américain du mont Palomar (Californie) a photographié le ciel entier, nuit après nuit, sur de grandes plaques de verre. C’est le POSS-I, le premier grand relevé photographique du ciel. Un trésor d’archives qui dort depuis 70 ans.

L’astrophysicienne Beatriz Villarroel, rattachée à Nordita (l’Institut nordique de physique théorique) et à l’université de Stockholm, épluche ces plaques dans le cadre d’un projet baptisé VASCO (pour Vanishing and Appearing Sources during a Century of Observations, soit « sources qui disparaissent et apparaissent au fil d’un siècle d’observations »).

L’idée de départ était élégante : comparer le ciel d’hier et celui d’aujourd’hui pour repérer des étoiles qui auraient tout bonnement disparu. Une façon originale de chercher d’éventuelles traces de civilisations extraterrestres, sans écouter le moindre signal radio. Sauf que l’équipe est tombée sur autre chose.

Des dizaines de milliers de flashs qui n’ont rien à faire là

En analysant les plaques, les chercheurs ont recensé un nombre énorme de « transitoires » : des points lumineux, semblables à des étoiles, qui apparaissent sur une seule photo puis s’évanouissent. Le catalogue VASCO en compte aujourd’hui plus de 107 000.

Un point brillant qui surgit puis disparaît, ça peut être plein de choses banales : un astéroïde, une comète, une étoile variable, une poussière ou un défaut sur la plaque. L’équipe dit avoir écarté une bonne partie de ces explications en croisant les données avec les relevés modernes. Restent des cas qui, eux, résistent.

Et c’est là que ça devient intrigant. Deux points méritent qu’on s’y arrête.

Point n°1 : une corrélation avec les essais nucléaires

Premier résultat, publié dans la revue Scientific Reports en octobre 2025 : ces flashs ne se répartissent pas au hasard dans le temps. Sur les 2 718 jours analysés, l’équipe affirme qu’un transitoire était environ 45 % plus probable dans les 24 heures suivant un essai nucléaire au sol.

Autre chiffre avancé : l’activité globale des flashs grimpait aussi légèrement les jours où l’on rapportait davantage d’observations d’OVNI (PAN, pour Phénomène Aérospatial Non identifié, ou UAP en anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena).

À retenir : les auteurs restent prudents et le disent noir sur blanc — ils ne prétendent pas connaître la cause. Corrélation n’est pas explication. Mais le simple fait qu’un lien statistique existe avec les essais nucléaires suffit à faire tiquer.

Point n°2 : des flashs alignés, et un objet « avant l’heure »

Deuxième piste, plus vertigineuse encore. Dans un second article paru quasi en même temps, l’équipe décrit des alignements : plusieurs flashs disposés en ligne droite sur une même plaque, comme si un même objet avait renvoyé la lumière du Soleil à plusieurs reprises pendant la pose.

Ce type de reflet, un « glint » (l’éclat d’une surface plate et réfléchissante quand elle accroche le Soleil), correspondrait à des objets situés en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude. Détail qui coince : ces plaques datent d’avant 1957, c’est-à-dire avant Spoutnik, le tout premier satellite artificiel. En clair, à cette époque, il n’était pas censé y avoir le moindre objet fabriqué par l’homme là-haut.

Cerise sur le gâteau : certains de ces événements alignés tombent le 27 juillet 1952, la nuit même de la fameuse vague d’observations d’OVNI au-dessus de Washington — l’un des épisodes les plus documentés de l’histoire du sujet. De quoi nourrir toutes les spéculations.

Attention : rien n’est tranché, et c’est justement le sujet

Maintenant, la douche froide, parce qu’elle est nécessaire. Ces résultats sont loin de faire consensus, et le plus intéressant est peut-être là.

Une plaque de verre de 70 ans, ce n’est pas une image parfaite. Elle peut porter des grains d’émulsion, des taches, des poussières, des défauts de développement qui ressemblent à s’y méprendre à des étoiles ponctuelles. Les critiques estiment qu’une partie — voire l’essentiel — des « transitoires » pourrait n’être que ça : des artefacts. En 2026, une équipe menée par Watters et ses collègues a publié une évaluation critique en règle, jugeant les preuves de « technosignatures » sur les plaques POSS1-E non convaincantes.

Villarroel et son équipe n’ont pas laissé passer. Ils ont mis en ligne une réponse détaillée (soumise en février 2026, révisée en avril), accusant la critique de mélanger deux choses différentes — la vérification d’un objet isolé et l’analyse statistique de l’ensemble — et de s’appuyer sur un échantillon trop filtré. D’autres équipes s’en sont mêlées, avec des papiers tentant de retrouver (ou pas) les mêmes sources de façon indépendante. Bref, une vraie bagarre d’arguments, comme la science en produit quand un sujet est à la fois important et incertain.

Pourquoi c’est important

Au-delà du frisson « des ovnis en orbite dans les années 50 », cette affaire est intéressante pour une autre raison : elle montre à quoi ressemble une recherche sérieuse sur les PAN. Pas de vidéo floue ni de témoignage isolé, mais des données publiques, des statistiques, des méthodes discutées ouvertement, et des chercheurs qui se contredisent dans des revues à comité de lecture.

C’est aussi un dossier européen, porté depuis la Scandinavie, qui montre que l’étude des phénomènes non identifiés ne se joue pas qu’à Washington. Que les flashs de Palomar soient de simples défauts de plaques ou quelque chose de bien plus étrange, la démarche, elle, mérite le détour.

À suivre, donc. Parce qu’avec un débat aussi vif, la prochaine salve de publications ne devrait pas tarder.


Sources