Pendant que les États-Unis déclassifient leurs archives à grand bruit, un pays européen fait ça tranquillement depuis presque cinquante ans : l’Italie. Là-bas, si tu vois quelque chose d’étrange dans le ciel, ce n’est pas un obscur bureau secret qui traite ton signalement, mais l’armée de l’air elle-même — et le résultat finit en ligne, consultable par tout le monde. Voici comment marche l’un des systèmes officiels les plus transparents au monde.
De quoi on parle, au juste ?
Petit rappel de vocabulaire, parce que chaque pays a le sien. En français on parle de PAN (Phénomène Aérospatial Non identifié), les anglo-saxons disent UAP (Unidentified Anomalous Phenomena). En Italie, le terme officiel est OVNI — Oggetti Volanti Non Identificati, soit « objets volants non identifiés ». Dans tous les cas, ça désigne la même chose : quelque chose observé dans le ciel qu’on n’arrive pas à expliquer sur le moment. Ni plus, ni moins. Aucun rapport automatique avec des extraterrestres : c’est juste la case « on ne sait pas ».
Un dispositif né d’une vague d’observations en 1978
Remontons le fil. En 1978, l’Italie connaît une vague d’observations d’objets non identifiés qui fait suffisamment de bruit pour arriver jusqu’au sommet de l’État. Le président du Conseil de l’époque, Giulio Andreotti, décide alors de confier officiellement à l’Aeronautica Militare (l’armée de l’air italienne) la mission de collecter, vérifier et suivre ces signalements.
Concrètement, ça veut dire qu’un ministère prend acte du phénomène et met en place une procédure. Pas pour chasser des soucoupes, mais pour une raison très terre à terre : tout ce qui vole au-dessus du territoire sans être identifié est d’abord une question de sécurité aérienne. Aujourd’hui, ce travail est assuré par le Reparto Generale Sicurezza (le département général de sécurité) de l’état-major de l’armée de l’air.
Comment ça marche pour un citoyen
C’est là que le système italien devient intéressant. La procédure est ouverte à tout le monde et très concrète.
- Tu observes quelque chose que tu ne t’expliques pas ? Tu vas déposer un signalement au poste de Carabiniers (la gendarmerie italienne) le plus proche.
- Le signalement remonte à l’armée de l’air, qui lance une analyse technique.
- Les enquêteurs croisent l’observation avec tout ce qui pourrait l’expliquer : trafic aérien connu, ballons-sondes météo, phénomènes naturels, et depuis quelques années les fameux trains de satellites Starlink, responsables d’une bonne partie des méprises.
- Si aucune explication ne colle, le cas est catalogué comme OVNI — ce qui, encore une fois, signifie « non identifié », pas « vaisseau alien ».
À retenir : contrairement à beaucoup de pays qui ont fermé leur guichet OVNI (le Royaume-Uni a fermé le sien en 2009, par exemple), l’Italie a gardé le sien ouvert et, surtout, elle publie ses cas.
Un registre public, cas par cas
C’est le point qui distingue vraiment l’Italie. L’armée de l’air met à disposition sur son site officiel une base de données des observations reçues, avec pour chaque cas la date, le lieu, une description de ce qui a été vu et le classement retenu après analyse. On y lit des fiches du genre « objet lumineux sphérique, lumière blanche, direction sud », avec la conclusion de l’enquête à côté.
En clair, n’importe qui peut aller vérifier par lui-même, sans passer par une demande de déclassification. C’est ce qui fait dire à plusieurs observateurs que l’Italie tient l’un des systèmes de documentation OVNI officiels les plus ouverts de la planète.
Côté chiffres, l’armée de l’air a recensé environ 140 cas restés sans explication scientifique entre 2001 et 2019, un total qui a continué de grimper depuis. Ça peut paraître peu, mais c’est justement le résidu : la grande majorité des signalements trouvent une explication banale et sortent du décompte. Ne restent que les cas vraiment coriaces — la même logique que le GEIPAN en France, où seuls quelques pour cent des dossiers demeurent inexpliqués après enquête.
Pourquoi ça revient sur le devant de la scène
Si on en reparle, c’est que l’Italie a connu ces derniers mois une nette hausse des observations rapportées, du nord au sud du pays. La Ligurie (autour de Gênes, Savone, Loano), la Campanie et la Sicile ont concentré une bonne partie des signalements, relayés par des associations d’ufologie locales comme le CUFOM (Centro Ufologico Mediterraneo). Objets sphériques métalliques, formations de lumières, traînées silencieuses : le catalogue des descriptions ressemble à celui qu’on retrouve partout ailleurs en Europe.
Une partie de ces observations s’explique très bien — passages de satellites, ballons, drones, avions. Mais le simple fait qu’un pays européen dispose d’un canal officiel et transparent pour les enregistrer change la donne. Pendant que le débat se focalise sur les fichiers du Pentagone, l’Italie rappelle que l’Europe n’a pas attendu Washington pour prendre le sujet au sérieux, à sa manière : sans promesse de révélation fracassante, mais avec une procédure stable et des données publiques.
À retenir
- En Italie, c’est l’armée de l’air qui collecte officiellement les signalements d’OVNI, sur décision prise en 1978.
- N’importe quel citoyen peut signaler une observation via les Carabiniers ; l’analyse technique cherche d’abord une explication rationnelle.
- Environ 140 cas sont restés inexpliqués entre 2001 et 2019, publiés dans une base de données accessible à tous.
- C’est l’un des dispositifs OVNI officiels les plus transparents au monde — un contre-exemple européen à l’idée que « tout se passe aux États-Unis ».
Sources
- Aeronautica Militare — page officielle OVNI
- Reccom — « 140 avvistamenti catalogati dall’Aeronautica tra il 2001 e il 2019 »
- Affaritaliani — « Il database dell’Aeronautica: nei cieli 140 oggetti non identificati »
- CISU — Centro Italiano Studi Ufologici : « Gli OVNI dell’Aeronautica »
- BiNews — « Boom di avvistamenti UFO in Italia »
- GEIPAN / CNES (pour comparaison)
