Plus de vingt objets non identifiés, certains en forme d’anneau, filant près de la Lune à 11 kilomètres par seconde : c’est ce qu’affirme avoir capté une équipe d’astronomes ukrainiens dans une étude publiée cette semaine. La nouvelle a fait le tour du web. Mais avant de sortir le champagne, il faut regarder de près qui dit quoi — et surtout ce que disent les autres scientifiques. Spoiler : ils ne sont pas convaincus.
Ce que l’équipe affirme
L’étude vient de l’Observatoire astronomique principal de l’Académie des sciences d’Ukraine (MAO), basé à Kyiv. Elle est menée par l’astronome Boris Zhilyaev, épaulé notamment par Vladimir Petukhov et Sergey Pokhvala.
Leur matériel : une caméra à haute vitesse montée sur un télescope installé à Vinarivka, un village de la région de Kyiv. L’idée d’une caméra rapide, c’est de saisir des objets qui bougent trop vite pour une photo classique.
Lors de deux séances d’observation, le 16 août et le 7 septembre 2025, l’équipe dit avoir enregistré plus de 20 objets non identifiés dans le champ, du côté de la Lune. Les chiffres avancés donnent le vertige :
- des tailles estimées entre quelques centaines de mètres et 25 miles (environ 40 km) de large ;
- des vitesses jusqu’à 11 km/s (près de 24 600 mph) ;
- des structures en forme d’anneau qui tourneraient sur elles-mêmes en trois minutes environ ;
- des forces centrifuges qui dépasseraient deux fois la gravité terrestre.
Les auteurs vont jusqu’à évoquer un comportement « intelligent » et une possible « civilisation technologiquement avancée ». Certains relais parlent même d’une « base » sur la Lune. Bref, le grand jeu.
PAN, UAP, OVNI : on remet les mots à leur place
Petit rappel utile, parce que le vocabulaire compte. OVNI veut dire « objet volant non identifié », et PAN (Phénomène Aérospatial Non identifié), le terme officiel en France, désigne la même chose : quelque chose qu’on observe mais qu’on n’arrive pas à expliquer. En anglais, on parle d’UAP (Unidentified Anomalous Phenomena).
Le mot clé, c’est « non identifié ». Il dit ce qu’on ne sait pas — pas ce que c’est. Un point lumineux mystérieux dans le ciel n’est pas la preuve d’un vaisseau extraterrestre. C’est d’abord un point lumineux qu’on n’a pas encore expliqué. Toute la difficulté du sujet tient dans cette nuance.
Pourquoi les scientifiques tiquent
Et c’est là que ça se complique. Plusieurs éléments incitent à la prudence, et pas des moindres.
Aucune relecture par les pairs. L’étude est un preprint : un texte diffusé sans avoir été validé par d’autres chercheurs indépendants. Dans le monde scientifique, c’est un brouillon public, pas une preuve. Tant que des collègues n’ont pas passé la méthode au crible, un résultat spectaculaire reste une hypothèse.
Pas d’images brutes. À ce jour, l’équipe n’a pas rendu publiques les vidéos originales. Impossible, donc, pour d’autres de vérifier. Et selon les critiques, sur les images brutes, les fameux objets n’occuperaient que quelques pixels flous — de quoi ouvrir la porte à des artefacts (poussières, insectes, débris, satellites, défauts de capteur…).
Le problème de la distance. Toutes les tailles et vitesses annoncées reposent sur une hypothèse : que les objets se trouvent à la distance de la Lune. Si en réalité ils sont bien plus proches — quelques kilomètres, dans l’atmosphère — alors ils deviennent tout petits et tout lents. Sans mesure de distance fiable (par exemple avec deux télescopes éloignés qui observent en même temps), les chiffres impressionnants s’effondrent.
Un précédent gênant. Ce n’est pas la première fois. En 2022, la même équipe avait publié des travaux similaires sur des objets non identifiés au-dessus de Kyiv. L’Académie des sciences d’Ukraine avait alors lancé une revue formelle, qui avait conclu à des erreurs significatives et à un travail ne répondant pas aux standards de publication. À l’époque, l’astrophysicien de Harvard Avi Loeb avait montré que les calculs de distance étaient surestimés d’un facteur dix.
À retenir
Concrètement, on a ici une affirmation extraordinaire portée par une équipe déjà épinglée par le passé, sans relecture, sans données brutes et sans vérification indépendante. En science, la règle est simple : plus une affirmation est spectaculaire, plus les preuves doivent être solides. Pour l’instant, elles ne le sont pas.
Est-ce que ça veut dire que l’histoire est forcément bidon ? Non. Ça veut dire qu’en l’état, il n’y a pas de quoi conclure quoi que ce soit. La bonne posture, ce n’est ni le rejet moqueur ni l’emballement : c’est d’attendre les images, les vérifications, et l’avis d’autres observatoires. La NASA, de son côté, rappelle qu’aucune preuve de technologie extraterrestre confirmée n’existe à ce jour.
Cette affaire est finalement un bon cas d’école. Elle montre comment une observation réelle — des chercheurs ont bien filmé quelque chose — peut être emballée dans des conclusions qui vont très au-delà de ce que les données permettent de dire. Et c’est exactement le genre de piège qu’il faut apprendre à repérer quand on s’intéresse aux PAN.
Sources
- UNILAD Tech — « Scientists claim massive fleet of UFOs has just been spotted near the Moon »
- IBTimes UK — « Some of the 20 UFOs Near the Moon Are Ring-Shaped and Spin at Twice Earth’s Gravity »
- Yahoo News — « Ukrainian Scientists Claim 20+ Giant UFOs Near the Moon – Experts Push Back »
- BroBible — « Scientists Warn Of Secret Moon Base After Claiming To Spot Giant Fleet Of UFOs »
