Pendant que Washington déclassifie ses archives OVNI à tour de bras, Londres, elle, ferme la porte. Le ministère britannique de la Défense vient de refuser une nouvelle fois de rouvrir l’enquête sur les observations d’objets non identifiés au-dessus de l’Écosse — et notamment au-dessus d’un petit bourg qui fut, dans les années 1990, surnommé « la capitale mondiale de l’OVNI ».

Ce que réclamaient les Écossais

Deux figures locales portent cette demande depuis des années. Malcolm Robinson, auteur écossais spécialiste du sujet et fondateur en 1979 du groupe de recherche amateur Strange Phenomena Investigations, et Billy Buchanan, conseiller municipal de la petite ville de Bonnybridge, dans le centre de l’Écosse.

Leur requête est simple : que le Royaume-Uni suive l’exemple américain et rende publics ses propres dossiers sur les « objets aériens inhabituels » observés au-dessus de l’Écosse. PAN, pour rappel, signifie Phénomène Aérospatial Non identifié (UAP en anglais, Unidentified Anomalous Phenomena) : la terminologie officielle et prudente qui a remplacé le vieux mot « OVNI », le temps qu’une explication soit trouvée.

Les deux hommes ont adressé un courrier à l’ancien Premier ministre Keir Starmer, avec une question directe : « Pourquoi Westminster refuse-t-il d’examiner un sujet qui a retenu l’attention sérieuse de notre plus proche allié ? » Buchanan, lui, en est à sa énième tentative : il avait déjà écrit, au fil des décennies, à John Major, Tony Blair et David Cameron pour réclamer une enquête officielle.

La réponse, sans surprise, est non

Le ministère de la Défense (MoD) n’a pas bougé d’un pouce. Sa position, répétée quasiment mot pour mot depuis des années :

« En plus de 50 ans, aucun signalement adressé au ministère n’a indiqué l’existence d’une quelconque menace militaire. »

Concrètement, Londres a cessé toute investigation sur les OVNI en 2009, après avoir fermé son fameux « bureau des OVNI ». Depuis, la ligne officielle est que les ressources de défense « restent concentrées sur les activités qui soutiennent directement la sécurité nationale ». Traduction : pas de menace avérée, donc pas d’enquête, et pas de raison d’en rouvrir une.

À retenir : le Royaume-Uni n’a rien classifié de nouveau sur le sujet depuis près de vingt ans. Robinson et Buchanan disent avoir, pour leur part, épluché des dossiers d’aviation, militaires et de police pour écarter les explications banales — et n’avoir récolté, en retour, que « moqueries » et fins de non-recevoir. Robinson envisage désormais de porter sa demande devant le nouveau Premier ministre, Andy Burnham.

Pourquoi Bonnybridge ? Le « triangle de Falkirk »

Si ce petit bourg de quelques milliers d’habitants revient sans cesse dans l’histoire, ce n’est pas un hasard. Au début des années 1990, une vague d’observations s’est abattue sur une zone du centre de l’Écosse, entre Bonnybridge, Falkirk et le Stirlingshire, rapidement baptisée le « triangle de Falkirk ».

Tout part de 1992 : des habitants commencent à signaler des lumières étranges dans le ciel. Le phénomène prend une telle ampleur qu’à l’époque, on parle de plusieurs centaines de signalements par an au-dessus de la seule commune de Bonnybridge. De quoi valoir à la ville son surnom de « numéro un mondial » de l’OVNI, popularisé par… Malcolm Robinson lui-même.

Depuis, les explications les plus terre-à-terre n’ont jamais totalement convaincu les habitants : trafic aérien, bases militaires proches, phénomènes lumineux naturels, confusions diverses. C’est précisément ce flou que Robinson et Buchanan aimeraient voir levé par une enquête officielle en bonne et due forme.

Le contexte : l’onde de choc américaine

Cette demande ne tombe pas du ciel par hasard. Elle intervient alors que le Pentagone a récemment mis en ligne des lots d’archives déclassifiées remontant jusqu’à quatre-vingts ans, mêlant descriptions d’orbes, de disques et de boules de feu. Côté américain, le discours est à la transparence : le public doit pouvoir consulter les documents et se faire sa propre idée.

Ce grand écart entre l’ouverture affichée à Washington et le silence poli de Londres, c’est exactement ce que pointent les demandeurs écossais. Reste que, sur le fond, les deux positions ne sont pas si contradictoires : le MoD ne dit pas qu’il n’y a rien à voir dans le ciel, il dit qu’il n’y a jamais rien vu qui menace la défense du pays. Une nuance qui, pour les habitants du triangle de Falkirk, ne répond toujours pas à la seule question qui les intéresse : qu’ont-ils vraiment vu au-dessus de leurs têtes pendant toutes ces années ?

Sources