Le Pentagone a mis en ligne vendredi 7 août une nouvelle fournée de documents sur les OVNI. Cinquième du genre depuis mai, elle contient deux cas qui sortent du lot : une vingtaine d’« orbes » filmés au-dessus du golfe d’Oman par un avion des forces spéciales, et un gigantesque triangle silencieux aperçu au-dessus de l’Afghanistan en 2002. On décortique, sans survendre.
De quoi on parle exactement
Petit rappel de vocabulaire pour ceux qui débarquent. OVNI veut dire « objet volant non identifié ». Côté anglo-saxon et militaire, on parle aujourd’hui plutôt d’UAP (Unidentified Anomalous Phenomena, phénomènes anormaux non identifiés). En français officiel, on dit PAN (Phénomène Aérospatial Non identifié). Dans tous les cas, ça désigne la même chose : quelque chose qu’on observe dans le ciel et qu’on n’arrive pas à expliquer sur le moment. Le mot « non identifié » ne veut donc pas dire « extraterrestre ». Il veut juste dire : on ne sait pas encore.
À retenir avant d’aller plus loin : ces documents ne contiennent aucune preuve d’une origine extraterrestre. Ils montrent surtout que l’armée américaine consigne désormais ces incidents avec sérieux, au lieu de les balayer d’un revers de main comme au temps de la Guerre froide.
Une divulgation au compte-gouttes depuis mai
Reprenons le fil. En début d’année, Donald Trump a promis d’ouvrir les archives OVNI du gouvernement, puis a ordonné en avril à son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, de déclassifier ces dossiers. Depuis le 8 mai, les documents sortent par vagues successives, publiés sur un site officiel dédié : war.gov/ufo.
Cette cinquième salve rassemble 41 documents, images et vidéos, qui vont de 1950 jusqu’à cette année. Ils proviennent de plusieurs administrations : le Pentagone, mais aussi le FBI, la CIA, le département d’État et même l’exécutif présidentiel. Bref, un patchwork d’archives sur plusieurs décennies. Et parmi elles, deux cas concentrent l’attention.
Le cas du golfe d’Oman : 25 orbes et un avion qui tire
C’est le morceau le plus spectaculaire, documenté par six vidéos. Nous sommes en 2021, au-dessus du golfe d’Oman — cette étendue d’eau stratégique coincée entre l’Iran, le sultanat d’Oman et l’entrée du golfe Persique. Un équipage des forces spéciales américaines mène un exercice de tir réel à bord d’un AC-130J, un gros avion de transport transformé en plateforme d’appui-feu, hérissé de canons.
Pendant l’exercice, l’équipage observe, selon le rapport, « environ 25 cas de UAP ». Les objets sont décrits comme des « orbes froids » — c’est-à-dire des sphères apparaissant sombres et froides sur les capteurs infrarouges. Ils évoluent à des altitudes plutôt basses, dans des formations changeantes, à des vitesses estimées entre 250 et 1 300 miles par heure, soit à peu près 400 à plus de 2 000 km/h. Le document précise qu’ils « manœuvraient de façon agressive ».
Le détail le plus troublant ? Les orbes auraient « semblé réagir » au moment où l’avion faisait feu avec son canon principal. Réaction réelle à un stimulus, coïncidence, ou effet optique lié aux tirs et aux capteurs ? Le rapport ne tranche pas. Comme souvent, il décrit et laisse le lecteur juger.
Le triangle d’Afghanistan : un souvenir de 2002
Deuxième cas marquant, plus ancien et cette fois raconté de mémoire. En 2024, un ancien pilote militaire livre au Pentagone le récit d’un épisode vécu en 2002, au-dessus de la base de Bagram, en Afghanistan. Il est environ 4 h 30 du matin.
D’après son témoignage, « quelque chose d’énorme est passé au-dessus, d’ouest en est ». La forme : un triangle équilatéral parfait, assez grand pour donner l’impression d’occulter les étoiles sur son passage. L’objet se déplace en silence, à une vitesse et une altitude constantes — peut-être 150 nœuds (environ 280 km/h), aucune lumière visible.
Ce genre de « triangle silencieux » revient régulièrement dans les témoignages OVNI depuis des décennies. Ça ne prouve rien en soi — un témoignage a posteriori, sans image ni radar, reste fragile par nature. Mais le fait qu’il soit désormais officiellement archivé par le Pentagone en dit long sur le changement d’époque.
Ce qu’il faut en penser
Restons lucides. Une bonne partie de ces observations pourrait, à terme, trouver des explications terre à terre : drones adverses, débris, ballons, reflets de capteurs, phénomènes atmosphériques. Les analystes le répètent à chaque salve : unidentified ne signifie pas alien. Et 41 documents épars, souvent sans conclusion, ce n’est pas une révélation fracassante — c’est de la matière brute jetée dans le domaine public.
Mais il y a un vrai basculement culturel, et c’est là l’intérêt. Des incidents qui, hier, auraient été enterrés dans un classeur secret sont aujourd’hui mis en ligne pour que n’importe qui puisse les examiner. Le golfe d’Oman et l’Afghanistan nous rappellent au passage que ces phénomènes ne se limitent pas au ciel américain : ils sont observés un peu partout sur la planète, souvent au-dessus de zones militaires sensibles.
La suite ? D’autres salves sont attendues. Reste à voir si, un jour, l’une d’elles apportera enfin une vraie explication — ou au moins une image assez nette pour trancher.
