Pendant que le Pentagone publie ses vidéos et que le Japon monte un « bureau des OVNIS », l’Allemagne fait quelque chose de beaucoup plus discret : elle épluche, une par une, les lumières bizarres que ses habitants voient dans le ciel. Le bilan vient de tomber, et il est parlant : 14 000 signalements élucidés, et toujours zéro soucoupe.
Une hotline OVNI dans un village du Odenwald
Le centre s’appelle CENAP — pour Centrales Erforschungsnetz außergewöhnlicher Himmelsphänomene, soit « réseau central de recherche sur les phénomènes célestes extraordinaires ». Il ne s’agit pas d’une agence d’État à la GEIPAN (l’organisme public français qui étudie les PAN, pour Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés). CENAP, c’est une poignée de bénévoles installés à Lützelbach, un petit village de Hesse au cœur de la forêt de l’Odenwald.
À sa tête depuis toujours : Hansjürgen Köhler, astronome amateur passé par un observatoire, qui traque les OVNI depuis 1973. Un demi-siècle de dossiers. Aujourd’hui, il l’annonce sans détour à Euronews : son équipe reçoit entre trois et six signalements par jour et se présente comme « le centre de signalement le plus actif de l’espace germanophone ».
La méthode : de la donnée, pas de la magie
Concrètement, quand tu appelles CENAP, on ne te demande pas ce que tu as ressenti. On te demande des faits : date, heure, lieu précis, direction dans le ciel, et si possible une photo ou une vidéo. À partir de là, les bénévoles rejouent la scène et cherchent une explication rationnelle.
Dans l’écrasante majorité des cas, le mystère tombe en quelques minutes. Le catalogue des coupables est presque toujours le même :
- des avions et hélicoptères ;
- des satellites et des étages de fusée qui retombent ;
- des météores et bolides ;
- des planètes très brillantes — Vénus en tête, la championne toutes catégories ;
- des ballons-sondes météo, voire de simples ballons de fête en aluminium ;
- des lasers de spectacle qui balayent les nuages.
Rien d’extraterrestre, donc. Mais pas rien non plus : chaque signalement raconte quelque chose de bien réel dans le ciel, simplement mal interprété par un œil non averti.
Le vrai responsable de la vague récente : les satellites d’Elon Musk
Autre point important : les signalements explosent. Ils montent chaque année depuis 2019, et 2025 a battu un record avec 1 348 observations enregistrées en Allemagne, Autriche, Suisse et alentours — environ 300 de plus que l’année précédente, détaille le blog des sceptiques allemands GWUP.
La cause de cette flambée n’a rien de mystérieux : ce sont les Starlink, les satellites de SpaceX. Juste après un lancement, ils défilent en file indienne et forment cette fameuse « chaîne de lumières » qui traverse le ciel. À elle seule, cette signature a généré plus de 120 signalements en 2025. Köhler se souvient même d’un pic : « En 2020, 60 % de toutes les remontées, c’était du Starlink. » En clair, plus on remplit l’orbite basse, plus les gens croient voir un vaisseau.
Et les vidéos du Pentagone, alors ?
Köhler, forcément, on l’a questionné sur les fameuses vidéos militaires américaines qui ont relancé le sujet à partir de 2020. Sa réponse est celle d’un vétéran un brin blasé : pour les chercheurs de terrain, ces images n’apportent « rien de nouveau ». Il va plus loin sur la célèbre séquence « Gimbal », cet objet qui semble tourner sur lui-même face à un chasseur de l’US Navy : pour lui, c’est un ballon, et la rotation apparente n’est qu’un effet de perspective entre l’avion et l’objet.
À retenir : on peut prendre le sujet OVNI très au sérieux — c’est même tout le travail de CENAP — sans pour autant conclure aux petits hommes verts. Le message de ce centre allemand est presque rassurant : dans 100 % des cas résolus depuis 1973, la réponse était terrestre. Ce qui ne veut pas dire que le ciel n’a plus rien à raconter, juste qu’il faut regarder avant de s’emballer.
