Depuis mai 2026, le Pentagone déverse ses archives UAP (Unidentified Anomalous Phenomena, le nom officiel américain pour les OVNI) via le programme PURSUE. Des dizaines de vidéos infrarouges, filmées depuis des avions militaires, sont désormais publiques. Mais que peut-on réellement en tirer scientifiquement ? Deux chercheurs se sont penchés sérieusement sur la question — et leur réponse, publiée le 20 août 2026 par The Debrief, calme autant les enthousiastes que les sceptiques.
Qui a fait le travail
Jacob Haqq-Misra, de l’institut de recherche Blue Marble Space, et Ravi Kopparapu, du Goddard Space Flight Center de la NASA, ne sont pas des amateurs venus commenter des vidéos sur internet : tous deux siègent au Conseil consultatif scientifique sur les UAP, l’organe mis en place par le gouvernement américain pour apporter une expertise indépendante sur le dossier.
Leur méthode : éplucher 112 vidéos infrarouges et électro-optiques issues des caméras montées sur des aéronefs militaires, et mesurer la vitesse apparente des objets filmés — en pixels par image — pour tenter de la convertir en vitesse réelle.
Le problème n’est pas ce qu’on voit, c’est ce qu’on ne sait pas
Et c’est là que ça coince. Pour transformer un déplacement de pixels en vitesse réelle, il faut connaître plusieurs paramètres essentiels : la distance entre la caméra et l’objet, le champ de vision exact de la caméra, et la trajectoire de vol de l’avion qui filme. Or, dans l’écrasante majorité des vidéos PURSUE, ces informations sont absentes — soit parce qu’elles n’ont jamais été enregistrées, soit parce qu’elles ont été retirées avant publication.
Kopparapu résume le problème avec une image simple : sans la distance, « un objet qui se déplace vite dans l’image peut aussi bien être un petit objet proche qu’un objet lointain qui va réellement très vite ». Haqq-Misra, de son côté, est direct : « la plupart des grandeurs utiles sont censurées ».
Un contre-exemple permet de mesurer l’ampleur du problème : le fameux cas GoFast, une vidéo bien connue du grand public, contenait — elle — suffisamment d’informations annexes pour que les chercheurs puissent estimer le mouvement de l’objet par rapport aux conditions de vent rapportées ce jour-là. Résultat : cette vidéo précise-là a pu être sérieusement analysée. Mais c’est l’exception, pas la règle.
Ni preuve, ni réfutation
La conclusion des deux chercheurs est aussi simple que frustrante pour qui espérait du spectaculaire : les vidéos PURSUE, en l’état, ne permettent ni de démontrer ni d’exclure l’existence de cinétiques réellement anormales — c’est-à-dire des mouvements qu’aucun aéronef connu ne pourrait exécuter. Leur recommandation : éviter aussi bien les conclusions extraordinaires que le rejet systématique. En clair, sans télémétrie complète, une vidéo spectaculaire ne vaut, scientifiquement, pas beaucoup plus qu’un témoignage oculaire.
Le vrai point de friction : la sécurité nationale
Cette lacune n’est pas un hasard technique. Le nœud du problème, souligne l’article, reste politique autant que scientifique : le Pentagone hésite à publier les données de télémétrie complètes, de peur de révéler les capacités de ses propres systèmes de détection et de suivi — des informations sensibles pour la sécurité nationale. Un dilemme qui n’a rien de nouveau, mais qui prend ici une forme très concrète : sans lever ce verrou, la communauté scientifique restera cantonnée à analyser des images belles à regarder, mais impossibles à exploiter rigoureusement.
À retenir
Cette étude ne dément aucune vidéo UAP publiée par le Pentagone — elle rappelle simplement une règle de base de la méthode scientifique : sans données complètes, pas de conclusion solide, ni dans un sens ni dans l’autre. Un rappel utile à l’heure où chaque nouvelle salve de fichiers déclassifiés relance immédiatement les spéculations les plus folles sur les réseaux sociaux.
