Pendant que le magazine Time met les extraterrestres en couverture et que le Parlement européen planche sur les UAP (Unidentified Anomalous Phenomena, le nouveau nom des OVNI dans le jargon officiel), un pays reste silencieux : l’Italie. Le 1er septembre 2026, le quotidien Il Fatto Quotidiano pose la question sans détour : pourquoi le ministre de la Défense Guido Crosetto ne dit-il jamais un mot sur le sujet ?
Un mois d’août chargé pour le dossier UAP
Le contexte, il faut le dire, est particulièrement dense. En quelques semaines, Time a consacré sa couverture au sujet avec un titre sans ambiguïté : « L’Amérique prend enfin les extraterrestres au sérieux ». Forbes et la revue Science ont suivi avec leurs propres dossiers. Le Congrès américain continue d’auditionner responsables et témoins. Et le Parlement européen, on l’a raconté ici même, s’intéresse au sujet depuis 2023 sans grande publicité.
Dans ce climat, le silence de Rome détonne. D’autant que l’Italie n’est pas vraiment novice sur le sujet : on avait déjà évoqué le registre officiel tenu par l’Aeronautica Militare (l’armée de l’air italienne), qui recense depuis des décennies les signalements aériens non identifiés. Mais entre cette gestion technique et une prise de position politique claire, il y a un monde — et c’est précisément ce vide que pointe Il Fatto Quotidiano.
Le cas Castel Porziano, l’affaire qui aurait dû tout changer
L’article ravive un dossier vieux de plus de soixante ans, mais qui reste l’un des cas les plus solides de l’histoire italienne : celui de Castel Porziano, le 20 août 1963.
Ce jour-là, le président de la République Antonio Segni circule en voiture officielle près de la résidence présidentielle de Castel Porziano, sur la côte au sud de Rome. Selon le dossier transmis à l’époque au Project Blue Book — le programme américain d’étude des OVNI actif jusqu’en 1969 — un objet discoïdal d’environ 20 mètres de diamètre survole le convoi et provoque des interférences électromagnétiques sur les équipements présents. L’affaire est alors classifiée, et le restera pendant des décennies avant de refaire surface.
C’est un cas rare : un témoignage impliquant directement le chef de l’État, avec un effet physique mesurable (les interférences), et une trace documentaire qui a traversé l’Atlantique jusqu’aux archives américaines. Exactement le genre de dossier qu’un ministère de la Défense sérieux devrait, au minimum, commenter.
Ce que demande l’ufologie italienne
L’auteur de la tribune, Vladimiro Bibolotti, du Centro Ufologico Nazionale (l’équivalent italien d’une association nationale d’étude des phénomènes aérospatiaux), ne demande pas la lune. Sa requête tient en deux points :
- que Crosetto se prononce publiquement sur le sujet, ne serait-ce que pour clarifier la doctrine italienne ;
- que le pays valorise ses propres compétences, à commencer par le Reparto RGS de l’Aeronautica Militare — le service qui, justement, centralise déjà les signalements aériens inexpliqués — plutôt que de laisser le sujet aux seuls Américains.
L’article rappelle aussi qu’en décembre 2025, le sujet « UFO et géopolitique » avait déjà été abordé devant le Copasir, le comité parlementaire de contrôle sur les services de renseignement italiens. Preuve que le dossier existe bel et bien dans les couloirs du pouvoir — simplement pas encore dans la communication publique.
Une pièce qui manque au puzzle européen
En creux, cette histoire italienne raconte quelque chose de plus large : partout en Europe, les institutions savent — un service technique qui collecte, un comité parlementaire qui écoute — mais peu osent parler. La France a son GEIPAN (Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), organisme public qui communique ouvertement depuis 1977. L’Italie, elle, a un service équivalent… et un ministre muet. La différence n’est pas dans les données. Elle est dans le courage d’en parler.
