Pendant que Washington multiplie les déclassifications, Bruxelles avançait en silence sur le même dossier. Des documents internes obtenus par Euronews montrent que la Commission européenne surveille les UAP depuis au moins 2023, sans jamais l’avoir vraiment dit publiquement. En clair : l’Europe suit le dossier de près, mais préfère le faire sous le radar plutôt que sur une estrade.
Petit rappel avant d’aller plus loin. UAP, c’est l’acronyme anglais pour Unidentified Anomalous Phenomena, « phénomènes anormaux non identifiés ». En français, on parle de PAN, pour « Phénomène Aérospatial Non identifié ». Ça désigne simplement un objet ou une lumière observé dans le ciel qu’on n’arrive pas à expliquer immédiatement — sans présumer qu’il s’agit d’une technologie extraterrestre.
Une lettre qui en dit long
Le document le plus parlant est une correspondance du département de la défense de la Commission, qui reconnaît noir sur blanc : « We are getting better at seeing it and better identifying it as our technological capacities improve » (« on devient meilleurs pour le voir et mieux l’identifier, à mesure que nos capacités technologiques progressent »). Une phrase anodine en apparence, mais qui confirme que Bruxelles suit activement le sujet — et pas seulement depuis cette année.
L’origine de cette correspondance remonte à octobre 2022 : une famille d’astronomes amateurs malaisiens avait contacté directement la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avec 37 photos aériennes montrant des UAP « volant très près d’avions et de cibles sensibles ». Contre toute attente, la Commission avait pris la peine de répondre, en promettant de proposer aux 27 États membres d’augmenter leurs capacités de détection spatiale.
Le bras de fer avec l’eurodéputé allemand
Ce dossier discret, c’est aussi celui d’un tête-à-tête qui dure depuis plus d’un an entre la Commission et l’eurodéputé allemand Fabio De Masi. Depuis avril 2025, il réclame une catégorie de signalement standardisée pour les incidents UAP dans les systèmes de sécurité aérienne européens. Sa formule résume bien le malaise : « Either our airspace is vulnerable, and we have a major flight safety and security risk, or the EU is misleading public opinion » — autrement dit, soit notre espace aérien est vulnérable et c’est un vrai risque de sécurité, soit l’UE trompe l’opinion publique en minimisant le sujet.
En juillet 2025, la Commission a fini par confirmer que les UAP peuvent techniquement être enregistrés dans ECCAIRS2, la base de données européenne de comptes-rendus d’incidents aériens. En mars 2026, elle a réaffirmé que l’Agence européenne de la sécurité aérienne (l’EASA) peut déjà traiter ce type de signalement. Mais elle refuse toujours de créer un programme d’enquête dédié aux UAP : pour Bruxelles, les outils existants suffisent, point final.
Des pilotes de ligne témoignent
Ce qui donne du poids au dossier, ce sont aussi les témoignages recueillis auprès de professionnels de l’aviation. Le pilote néerlandais Rob Akkermans décrit une observation où « l’une des trois lumières manœuvrait parfois autour des autres » — un comportement qui exclut d’emblée un avion classique ou un ballon météo. Le commandant de bord Christiaan van Heijst, qui pilote des Boeing 747 cargo, a lui aussi rapporté des observations similaires en vol.
Joachim Dekkers, président de la UAP Coalition Netherlands, estime de son côté qu’environ 90 % des UAP croisés par des équipages ne sont tout simplement jamais signalés — par manque de canal clair, ou par crainte d’être pris pour un plaisantin auprès de sa hiérarchie.
Pourquoi Bruxelles botte en touche
Officiellement, la position de la Commission n’a pas changé : les UAP restent une compétence nationale, chaque État membre gère son propre dispositif. La France a le GEIPAN, rattaché au CNES depuis 1977 ; d’autres pays n’ont rien de comparable. Résultat, un pilote qui croise un objet non identifié au-dessus de la Belgique et un autre au-dessus de la Pologne ne suivent pas la même procédure, et les données ne remontent nulle part de façon centralisée.
Ces révélations arrivent quelques semaines après une nouvelle question écrite déposée au Parlement européen pour sommer la Commission de se positionner. La différence, cette fois, c’est qu’on ne parle plus d’une simple demande d’explication : les documents obtenus par Euronews montrent que l’institution suit le dossier depuis des années, en interne, sans jamais avoir communiqué dessus de façon transparente.
À retenir
- Des documents internes montrent que la Commission européenne surveille les UAP depuis au moins 2023, sans l’avoir annoncé publiquement.
- L’échange remonte à une alerte d’astronomes amateurs malaisiens en 2022, adressée directement à Ursula von der Leyen.
- L’eurodéputé allemand Fabio De Masi réclame depuis 2025 une catégorie de signalement dédiée aux UAP dans les systèmes de sécurité aérienne européens.
- Des pilotes de ligne néerlandais témoignent d’observations concrètes en vol ; jusqu’à 90 % des cas ne seraient jamais signalés selon une association néerlandaise.
- La Commission refuse toujours de créer un programme d’enquête dédié : elle renvoie la responsabilité aux États membres.
Sources :
- Euronews — « Exclusive: Brussels keen to monitor UFOs under the radar »
- IBTimes UK — « Unidentified Anomalous Phenomena: Brussels Responds To Growing Concerns Over Airspace Surveillance »
- PAN Info — question parlementaire européenne sur les UAP (30 juillet 2026)
- GEIPAN / CNES — le dispositif français d’étude des PAN
