Trois cargos civils ont été touchés par des drones en deux nuits, loin de toute zone de combat officielle. Deux marins sont morts, un équipage entier reste porté disparu. L’épisode marque une bascule : pour la première fois depuis février 2022, des attaques de ce type visent des navires aussi loin du front ukrainien.

Trois navires, deux nuits, en zone économique exclusive de l’UE

Le lundi 5 octobre 2026, le cargo turc Royad Mammadov, qui transportait des céréales, est touché par un drone dans la zone économique exclusive roumaine de la mer Noire. Le navire prend feu et sombre. Sur les 13 marins à bord, 11 sont secourus, mais le commandant azerbaïdjanais et un autre membre d’équipage meurent dans l’attaque.

Le lendemain, mardi 6 octobre vers 3h du matin, c’est au tour de deux navires d’être frappés à environ 130 km à l’est de Byala, cette fois dans les eaux bulgares :

  • l’Alfa Watan, sous pavillon togolais, coule. Son équipage reste introuvable à ce jour ; les secours n’ont retrouvé sur place qu’un canot renversé, des gilets de sauvetage et des débris ;
  • l’Able, immatriculé aux Palaos, prend feu mais reste à flot. Ses 18 marins (11 Turcs, 7 Indiens) sont évacués vers le port de Varna, deux d’entre eux dans un état grave.

En clair : trois navires, deux nuits, au moins deux morts confirmés, un équipage entier porté disparu — et tout ça à plus de 100 km des zones de combat habituelles du conflit russo-ukrainien.

Qui a fait ça ? Personne ne le confirme officiellement

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rapidement désigné la Russie comme responsable. Mais ni la Bulgarie ni la Roumanie n’ont, à ce stade, établi d’attribution formelle. Le Premier ministre bulgare Rossen Jeliazkov a jugé « impossible de déterminer avec précision » l’origine des drones utilisés.

Cette prudence n’a rien d’anodin : c’est précisément le principe de la « zone grise » dans laquelle opèrent ce genre d’attaques — rester juste sous le seuil qui obligerait à une réponse militaire formelle, tout en semant suffisamment de doute pour qu’aucun pays ne puisse officiellement pointer un coupable. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié les attaques d’« inacceptables » et « hautement préoccupantes », sans pour autant trancher sur leur origine. Elle a annoncé, le 5 octobre, 130 millions d’euros supplémentaires pour renforcer les capacités de détection et de défense anti-drones des pays riverains.

Autre point important : une zone économique exclusive n’est pas un territoire national. Concrètement, cela signifie qu’aucune clause de défense collective de l’OTAN ne s’applique automatiquement, même si l’attaque a lieu dans les eaux revendiquées par deux pays membres de l’Alliance.

Une escalade géographique qui inquiète plus que les chiffres

Ce qui frappe les observateurs, ce n’est pas tant le nombre de navires touchés — on recense déjà 45 attaques contre des bateaux civils dans des zones jusque-là considérées comme sûres au cours des douze derniers mois — que leur éloignement du front. Byala, en Bulgarie, se trouve à plus de 300 km des zones de combat ukrainiennes les plus proches. C’est la première fois depuis le début de l’invasion russe, en février 2022, que des navires civils sont frappés aussi loin des lignes de front.

Ce développement s’inscrit dans la même logique que la vague de drones qui touche l’Europe terrestre depuis l’automne 2025 — aéroports belges, allemands et luxembourgeois paralysés, incursions répétées en Moldavie et en Roumanie, premier blessé sur le sol moldave le 5 octobre à peine quelques heures avant ces attaques maritimes. Pour prendre la mesure complète de cette escalade mois après mois, voir notre dossier complet sur les drones en Europe.

À retenir

  • Deux morts confirmés (Royad Mammadov), un équipage entier porté disparu (Alfa Watan), 18 marins évacués avec deux blessés graves (Able).
  • Aucune attribution officielle : l’Ukraine accuse la Russie, mais la Bulgarie et la Roumanie maintiennent que l’enquête est en cours.
  • Première fois depuis février 2022 que des navires civils sont attaqués aussi loin du front, dans des eaux économiques de l’UE et de l’OTAN.
  • L’UE débloque 130 millions d’euros supplémentaires pour la défense anti-drones maritime, sans pour autant déclencher de mécanisme de défense collective de l’OTAN — une ZEE n’étant pas un territoire national.

Sources